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Trois questions au Docteur Martine FAVOT - Présidente d'EP-Plus


Présidente de l'association EP-Plus, le Docteur Martine Favot est médecin du travail depuis 15 ans.

Elle exerce au sein de l'AMET, un des services inter-entreprises les plus importants d'Ile-de-France.

Pouvez-vous nous expliquer votre engagement pour l’EPP des médecins du travail ?

Depuis 2005, l’Evaluation des Pratiques Professionnelles (EPP), ne concerne plus seulement les médecins libéraux mais tous les médecins quelque soit leur mode d’exercice.. Médecin du travail depuis 15 ans j’ai auparavant exercé en tant que médecin généraliste et j’ai plus que jamais conscience des spécificités de la médecine du travail. Le secteur de la prévention est souvent délaissé. Son ouverture au champ de l’évaluation n’est pas une évidence et l’absence de recommandation spécifique de la HAS est un frein, alors même que l’EPP des médecins du travail permet une meilleure analyse de leurs pratiques et, par conséquent, leur amélioration.

Comment l’association EP-Plus a-t-elle été créée ?

L’idée de la création d’une association consacrée à l’EPP des médecins du travail s’est concrétisée en 2007. Trois des quatre sociétés de médecine du travail parisiennes, la METRANEP, la SMTOIF et la Société de Paris ont regroupé leurs forces pour aboutir à un projet novateur : EP-Plus. Pour accompagner les médecins du travail dans leurs démarches d’EPP, nous avons donc constitué un dossier auprès de la Haute Autorité de Santé et obtenu l’agrément conférant à l’association le statut d’organisme agréé par l’HAS en 2009. Depuis, EP-Plus s’est dotée de structures dédiées à l’EPP des médecins spécialistes de la santé au travail et leur propose des programmes spécifiques.

Quel est le « plus » d’EP-Plus ?

EP-Plus est un des trois organismes agréés par la Haute Autorité de Santé pour l’EPP des médecins du travail. Dès sa création EP-Plus a eu pour objectif d’être ouvert à toutes les méthodologies de la HAS pour mettre en œuvre leur démarche évaluative en santé au travail. EP-Plus permet aujourd’hui aux médecins du travail d’évaluer leurs pratiques par le biais de groupes d’échanges de pratiques et d’audits cliniques ciblés et, à court terme, souhaite proposer des programmes d’EPP répondant à l’exercice pluridisciplinaire spécifique à la santé au travail EP-Plus est préparée aux évolutions législatives qui porteront obligation à tout médecin de s’inscrire dans un processus de Développement Professionnel Continu (DPC). Les programmes EP-Plus peuvent en effet allier Formation Médicale Continue et Evaluation des Pratiques Professionnelles.

Le travail , c'est la santé ?

Face à la multiplication des situations de stress au travail et à l’aggravation des risques psychosociaux en entreprise, le Gouvernement a commandé un rapport sur le bien-être et l’efficacité au travail. Rendu en mars 2010, ce rapport formule dix propositions pour améliorer la santé psychologique au travail.

En France les consultations pour risque psychosocial sont devenues en 2007 la 1ère cause de consultation pour pathologie professionnelle Afin de tenter d’améliorer la santé psychologique des salariés, le Rapport se penche sur les facteurs générateurs de stress : réorganisation et restructurations de plus en plus fréquentes, peur du chômage, utilisation abusive des nouvelles technologies marginalisant le contact humain, centralisation des organisations éloignant les salariés des centres de décisions, certains comportements managériaux, difficultés dans les relations de travail,...

Pour améliorer le bien-être au travail, le « Rapport Fillon » formule dix propositions :

  • 1. Impliquer la Direction Générale et le Comité d’Administration dans le développement d’une véritable politique de santé au sein de l’entreprise.
  • 2. Considérer les « managers de proximité » comme les premiers acteurs de la santé au travail
  • 3. Donner aux salariés les moyens de se réaliser dans le travail en généralisant les échanges sur leurs pratiques professionnelles et en leur ouvrant des espaces d’autonomie.
  • 4. Impliquer les partenaires sociaux dans le développement de meilleures conditions de santé dans l’entreprise.
  • 5. Mesurer les conditions de santé et de sécurité pour mieux les analyser et les adapter le plus concrètement possible aux problématiques de chaque entreprise.
  • 6. Préparer et former les managers à la prise de responsabilités et à la gestion d’équipes en intégrant, notamment, une véritable dimension humaine dans leur formation.
  • 7. Valoriser la performance collective.
  • 8. Anticiper et prendre en compte l’impact humain des changements (réorganisations, restructurations) dans l’entreprise.
  • 9. Ne pas limiter la santé au travail à l’environnement direct de l’entreprise et impliquer les partenaires commerciaux (les fournisseurs notamment) dans l’amélioration du bien-être des salariés.
  • 10. Accompagner les salariés en difficulté et en aménageant des espaces consacrés à l’écoute des salariés en s’appuyant sur les services de santé au travail.

Il apparait donc indispensable d’inscrire l’entreprise dans une situation d’équilibre unissant compétitivité économique et performances sociales. Car, comme le précise le Rapport, « si l’entreprise ne fait pas toujours partie du problème, elle fait toujours partie des solutions ».

ACTUALITE SANTE : LA CREATION DES AGENCES REGIONALES DE SANTE

Les 26 Agences Régionales de Santé (ARS), ont été créées le 1er avril 2010. Elles ont pour objectif d’unifier le service public de la santé et ainsi de limiter les disparités du système de santé entre les régions et d’accroître l’efficacité du système français.

Les Agences Régionales de Santé répondent à une volonté de créer une nouvelle organisation territoriale de la santé et ainsi d’unifier le service public de la santé. Les ARS regroupent les organismes publics en charge des politiques de santé dans les départements et les régions, notamment : les Agences Régionales de l’Hospitalisation (ARH), les Groupements Régionaux de Santé Publique (GRSP), les Unions régionales des caisses d’assurance maladie (Urcam) et les Missions Régionales de Santé (MRS).

Désormais interlocuteur unique pour les professionnels de santé, les établissements de soins, les établissements médico-sociaux, les collectivités locales et les associations, les ARS ont pour fonctions principales de : définir, financer et évaluer les politiques de prévention, réguler le champ des soins en ville et à l’hôpital et de favoriser la coopération entre professionnels et établissements de santé.

Les ARS ont ainsi pour objectifs : de contribuer à réduire les inégalités territoriales en santé, d’assurer un meilleur accès aux soins, d’organiser les parcours de soins en fonction des patients et des problématiques spécifiques à chaque région et d’assurer une meilleure efficacité du système de santé.

Si la médecine du travail n’est pas directement concernée par les fonctions de financement et de régulation des soins des ARS, elle entre, à l’évidence, dans leurs champs d’actions relatifs à la coopération et à la prévention.